Sarah Tailleur Photographe »

Question Photo: Malaise durant une séance

«Bonjour!

Ma question est: T’es t’il déjà arrivé de ne pas pouvoir photographier quelqu’un, ou d’avoir une séance particulièrement difficile? (Je te donne un exemple: Perso, j’ai déjà perdu connaissance enceinte dans une séance photo! On l’a fini avec des photos qui ne montraient que le bedon!) As-tu d’autres exemples que celui-là? Un bébé qui pleure toute la séance par exemple?

À bientôt!

J.»

Bonjour J!

Exercer le métier de photographe est loin d’être aussi facile que l’on peut le penser. Il est exigeant physiquement (les gens se doutent pas de la lourdeur du matériel photo que nous trainons et de l’énergie que nous mettons avec les enfants) et mentalement (on rencontre vraiment toutes sortes de personnes et certaines plus destructives que d’autres). Après tout, on est des humains, comme tout le monde et on peut vivre des malaises ou même de la pression qui mène à un stress incontrôlable. Que ce soit en vivant une crise d’angoisse, en étant malade, en tentent de camoufler ses pensées ou encore quand nos émotions ne sont pas au rendez-vous… Ou au contraire, le sont trop! Ça fait partie de la vie!

Il m’est arrivé plusieurs évènements reliés à l’impossibilité ou la difficulté de réaliser une séance. Des situations cocasses, d’autres réellement moins drôles. Dans les cocasses, il y eut ma grossesse et surtout mes nausées et vomissements de grossesse! Pendant environ 4 mois, je devais aviser tous mes clients que j’étais enceinte et à risquais de vomir sans prévenir. Au début de ma grossesse jusqu’à facilement 26 semaines, je vomissais à peu près n’importe quand et n’importe où. Les couches pleines me levaient le coeur royalement et il m’est même arrivé de devoir m’excuser pour aller aux toilettes. C’est très gênant et ça me générait un stress énorme. Évidemment, mes clients comprenaient, mais disons que la situation était moins que plaisante. De plus, en tout début de grossesse, j’ai été approché par Chocolats Favoris afin de réaliser une série de photographie avec des enfants et une tonne de chocolat. Le rêve lorsque je ne suis pas enceinte! J’ai réellement penser refuser le mandat tellement j’avais peur d’être malade en pleine séance. Mon conjoint est finalement venu m’assister comme je ne pouvais pas soulever tout le matériel et surtout qu’il était le seul au courant de ma grossesse. J’ai réalisé la séance menthe après menthe, gomme après gomme, gravol après gravol. Mais j’y suis arrivée!

Dans les moins drôles, il y a plutôt les problèmes sentimentaux ou familiaux. La journée d’une séance, ma mère m’a annoncé qu’elle était atteinte d’un cancer et qu’allait s’enchainer rapidement l’opération, la chimio et tout les autres trucs qu’on souhaite même pas à son pire ennemi. Étant dévastée et voulant restée avec ma famille, j’étais incapable de retourner à la maison pour ma séance et c’est mon conjoint qui a du appeler mes clients afin de leur expliquer ce qui se passait. Ils sont revenus plus tard et comprenaient bien la situation, même si je me sentais très gênée de devoir leur dévoiler autant de ma vie personnelle. Dès le lendemain de son annonce, je recevais des gens en studio et tentais de ne rien laisser paraître. Sans oublier que le jour de son opération, je retouchais des photos dans une salle d’attente sur mon portable tellement j’étais en retard dans mes contrats. J’ai aussi du «dealer» avec des émotions difficiles la semaine où un membre de ma famille s’est enlevé la vie. J’ai du reporter une séance pour l’enterrement, mais sinon j’ai aussi réalisé mes séances, dès le lendemain du décès, en essayant de rester la plus zen possible. Et en réalité, ça me faisait du bien de voir des bébés et des enfants joyeux et tellement vivants. Sinon, j’aurais probablement passé la journée à pleurer dans mon lit. Ça n’a vraiment pas été facile à vivre, mais c’était ma manière de gérer le tout.

Dans la vie, autant au travail qu’auprès de nos proches, vivre des inconforts ou des malaises est normal. C’est parfois déroutant et on aimerait tous ne pas en vivre, mais ça fait partie de la vie. L’important est de s’expliquer auprès de ses clients et que ces fameux malaises n’arrivent pas trop régulièrement. Personnellement, il y a eut une période où j’enchaînais les mauvaises nouvelles, en 6 mois, ma voiture était perte totale, ma mère était gravement malade, je vivais un deuil et essayais de terminer mes études universitaires en plus de gérer le studio à temps plein. La photographie était mon seul salaire. Si j’arrêtais, je n’avais plus un dollar qui entrait en banque. J’ai parfois pleuré avant ou après des séances, j’ai parfois eut envie de tout lâcher… Mais il était inacceptable pour moi de me laisser abattre et de tuer l’entreprise dans laquelle j’avais mise tellement d’efforts et de temps. Ça été une période difficile (pour ne pas dire la pire de ma vie), mais je suis tellement fière de voir où je suis aujourd’hui. On a tous des moments difficiles!

Sur une autre note, oui il arrive qu’une situation soit compliqué en séance, mais pas nécessairement à cause de nous. Parfois le courant ne passe pas du tout ou moins entre un client et moi. D’autres fois, un enfant ne veut pas du tout collaborer. Personnellement, avec l’expérience, j’ai tellement développé de trucs pour réussir à récupérer une séance que je n’ai jamais eut à en reporter. L’important, c’est de rester en contrôle et de toujours être très transparent avec ses clients. Un client qui a un enfant de 2 ans sait qu’il ne collabora parfois pas vraiment. On le sent aussi souvent dans leur manière de voir la séance. Si tu sembles nerveuse quand un enfant pleure ou n’écoute pas, le client le sentira. Il faut toujours rester relaxe et prendre tout en mains pour maximiser le résultat d’une séance. Les jouets, les marionnettes, les «sniffages» d’orteils, les collations, les pauses, des boires, une promenade dehors, des vidéos sur Youtube, des danses, de la musique, des chansons, aller chercher mon lapin, chatouiller des parents, retoucher une maman d’une photo pour avoir bébé seulement,il n’y a rien que je n’ai pas fait pour «réchapper» un enfant en crise!

Et le pire… C’est que ça marche presque toujours!

En espérant que cette réponse te permettra de relativiser un peu mieux le métier de photographe.

Sarah

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