Sarah Tailleur Photographe »

Préparation ou allaitement? Juste de l’amour svp.

Olivia a un peu plus de 3 ans. C’est ma première enfant et elle a été nourrie au biberon de préparation. Louis aura bientôt 8 mois. C’est mon deuxième enfant et il est allaité depuis sa naissance. Non, cet article n’est pas un article moralisateur qui vous dira «oui allaitez!!» ou «non biberon power!». Je suis de ces mères qui ont donné le biberon de préparation à un enfant et allaité l’autre. C’est presque marginal quand on y pense dans une société et l’on doit parfois être «vendue» à un concept plus qu’un autre! Je veux simplement partager mes deux expériences puisque je réalise que plusieurs mamans ont du mal à se faire une idée claire du choix (parce que oui, on a le choix en 2017) d’allaiter ou de donner de la préparation. Je veux donc parler de mes deux expériences, complètement différentes, à coeur ouvert pour aider des mamans qui ne se sentent pas à l’aise avec leur choix ou encore celles qui désirent allaiter après un bébé biberon qui ne croient pas que ce soit possible. Si vous lisez cet article, prête à bondir agressivement pour protéger l’allaitement ou défendre le biberon, arrêtez maintenant, vous n’êtes pas au bon endroit. Que vous allaitiez ou donniez un biberon, à mon sens, vous restez une maman et jamais je serai celle qui vous dira que votre choix est inadéquat si votre bébé est heureux et vous aussi. Peu importe votre choix, si vous donnez de l’amour à profusion à votre mini, vous êtes exceptionnelle.

Olivia est née après une grossesse difficile. Des vomissements plusieurs fois par jour du début à la fin, la nausée constante, les chutes de pression, les saignements de nez, le sciatique, les boutons et les cheveux gras. En fait, j’ai détesté une grande partie de ma grossesse. Bien que son petit hoquet du soir et ses mouvements avant le dodo me faisaient sourire, l’ensemble de l’oeuvre n’était que pour me donner plus hâte à l’accouchement. Puis, fut le moment de sa rencontre de nuit, plus de 24 heures sans dormir, un travail relativement rapide et douloureux pour un premier bébé. Cependant, je me suis reprise avec une poussée de 3 heures qui n’en finissait pas. Épuisée, ce sont les forceps qui l’ont sortie de là pour éviter une césarienne d’urgence. Les forceps ayant fait du ravage, des douleurs pour plusieurs semaines. Une guérison longue et pénible de plusieurs mois. Lorsque je l’ai vu, ma réaction fut plutôt un «enfin!». Je la trouvais magnifique, ça il n’y a pas à dire. J’étais heureuse de la rencontrer, mais surtout épuisée et nerveuse.

Mon opinion sur l’allaitement était plutôt neutre à ce moment. J’allais essayer et je n’avais pas vraiment envisagé autre chose. Je connaissais les bienfaits, mais je n’en faisais pas une maladie. En fait, un peu comme on se prépare plus à un accouchement vaginal qu’une césarienne parce que c’est la «normalité». Allaiter était donc une normalité pour moi, sans plus. Olivia a pris quelques bouillons à sa sortie. Bourrée de sécrétions, le coeur lui levait régulièrement. La mise au sein, impossible. Aucun réflexe de succion, le coeur lui levait et quand je vois la différence avec l’allaitement parfait de Louis, je confirme désormais qu’elle était très difficile la belle Olivia. Commence donc les réveils pour la mettre au sein, elle ne veut pas, ne prend simplement pas le sein. Des aides en allaitement presque 24 heures sur 24, leurs trucs ne sont pas non plus des réussites. La jaunisse embarque, on tente de la faire boire à la cuillère. On me montre d’autres techniques comme la téterelle, le tube, mais c’est trop pour moi. On est épuisé, surtout moi,  j’ai mal et un rien me fait pleurer. Les jours qui suivent ne sont pas tellement mieux. Je suis anxieuse et les échecs d’allaitement qui s’enchainent m’angoissent énormément. Ils me rendent malade. La mise au sein ne fonctionne pas, il y a que quand ma maman, une infirmière pro en allaitement, est avec moi que ça fonctionne. Elle tient mon sein et le bébé. Je ne veux plus la toucher, elle m’agace. Ma propre fille m’agace. Je pleure régulièrement, je me dirige droit dans le mur qu’on nomme la dépression post-partum. Je ne ressens pas ce coup de foudre pour mon bébé. Elle pleure toujours et je ne suis pas capable de m’en occuper. Mon rôle serait de la nourrir et j’en suis incapable. Je lui offre le sein qu’elle ne prend pas. Je démissionne. Après 1 semaine d’allaitement désastreux, je tire mon lait. Que quelques jours supplémentaires, j’arrête complètement. L’allaitement me détruit et nuit à la relation que j’ai avec mon petit bébé qui n’a pas 1 mois. Puis, on lui sert une préparation au biberon. Une préparation qu’elle bu en quelques minutes à peine avec appétit. Un premier boire réellement satisfaisant et moi, je me sens revivre. Un poids de moins sur mes épaules, je me souviens de ce moment comme si c’était hier. Je me suis sentie libérée de cette pression. J’ai enfin commencé à aimer mon bébé. À recommencer à sortir avec un biberon dans le sac à couches et à retrouver une vie plus heureuse. Et aujourd’hui, c’est une belle grande fille épanouît, coquine et que je n’échangerais pour rien au monde. Je l’aime de tout mon coeur mon Olive. Le biberon de préparation a sauvé notre relation.

Louis est né après une grossesse merveilleuse en terme de symptômes. Quelques vomissements et nausées les premières semaines, mais rien à voir avec sa soeur. Plus de suivis médicaux à cause de «complications», me faisant probablement encore plus l’attendre avec hâte. L’espoir d’avoir un petit bonhomme en santé me faisant oublier bien des maux. Je me suis déjà fait à l’idée, mon conjoint aussi, Louis a des préparations qui l’attendent à la maison. Pas question d’allaiter. Je suis en état de guerre avec l’allaitement, ça a ruiné les premières semaines de ma fille. Ma situation médicale étant un peu plus à risque, on décide de me déclencher. Un accouchement qui se termine finalement en césarienne d’urgence, un petit coeur qui est de moins en moins stable et un bébé mal placé. Je vomis pendant la césarienne, ce n’est pas tellement plus rose que mon premier accouchement, mais je sais que j’ai désormais l’expérience d’un bébé. En salle de réveil, on dépose mon petit homme dans mes bras. Je le trouve tout aussi magnifique que sa soeur. Notre idée est déjà fait, on lui donne du colostrum, puis ça sera les préparations. Elles attendent sur le comptoir de la maison. Cependant, Louis fait quelque chose qu’Olivia n’a jamais fait. Alors que je l’ai dans les bras, il se dirige vers mon sein. Il a 1 heure de vie et veut manger, il glisse son petit corps et sa tête lourde vers mon sein. Je peux difficilement lui refuser, il a désormais la tête sur mon sein. On tente donc une mise au sein. Mise au sein qui a fonctionné du premier coup, sans douleur et aucune difficulté. Les premiers jours continuent de la même manière. Je l’allaite à la demande et chaque mise au sein se fait facilement. Je peux même le placer toute seule et il boit très bien. Je découvre alors un tout autre monde. Notre amour s’est construit autour de l’allaitement cette fois. Celui d’un allaitement facile, d’un bébé qui se sent bien en ma présence. Sincèrement, je comprends pourquoi les femmes qui allaitent sans difficulté peuvent juger un brin celles qui ne le font pas. Quand ça va bien, c’est foutrement facile! C’est dur de croire que l’allaitement peut «scrapper» la relation que tu as avec ton enfant parce que ça ne marche juste pas. Mais quand tu vis les deux comme moi, tu trouves la différence très marquée.

Néanmoins, j’ai vécu les deux expériences (le biberon de préparation et la mise au sein de lait maternel) et les jugements qu’on proclame des deux côtés de la médaille. Peu importe ce qu’on fait, on se sentira jugée à un moment ou un autre. C’est ça être une maman. Peu importe vos décisions, quelqu’un vous dira l’inverse. Prenez ça pour acquis et sérieusement, qu’ils mangent de la ….. ! Je pense (et je ne détiens pas la vérité absolue) cependant que le biberon est la solution la plus acceptée connue de notre société. Je réalise que dès le départ, Santé Canada et le personnel médical encourage l’allaitement, mais que peu d’outils sont mis en place pour aider l’allaitement. On pense toutes que ça se fera tout seul et simplement. Pourquoi ne pas fournir quelques personnes formées et passionnées de l’allaitement dès l’hôpital? Les infirmières n’ont pas toutes la même expérience, le temps nécessaire et ne sont pas toutes à l’aise avec l’allaitement et ce, même si elles sont très très bonnes pour tous les soins qu’elles nous offrent pendant notre séjour. Elles ont tellement à faire, qu’une aide en allaitement nécessitant plusieurs heures n’est pas possible. Plusieurs ne savent pas comment nous aider, mais d’un autre côté, si on veut donner une préparation ou qu’on demande des conseils sur celle-ci, on nous répond qu’allaiter est l’idéal. C’est une lacune autant pour les mères qui ont un allaitement difficile que celles qui se posent des questions sur les préparations et les biberons. C’est légitime d’être accompagnée, peu importe notre décision.

En rentrant à la maison et en allaitant devant ma fille de 2 ans, j’ai aussi réalisé que le biberon représentait la normalité. C’est ce qui était présenté à la télévision, dans les émissions pour enfants, dans les livres et même les jouets de poupée. Elle ne comprenait pas du tout ce que je faisais et lorsque je lui ai dit que je nourrissais son frère, son premier réflexe fut d’aller chercher le biberon de sa poupée pour me le donner et me fixer longuement. Dans sa petite tête de 2 ans, c’était le biberon qui nourrissait un bébé. C’est à ce moment que j’ai vraiment pris conscience que le biberon faisait partie de nos moeurs au Québec. Et en toute franchise et dans mon humble expérience personnelle, j’ai ressenti un regard plus fort sur mon allaitement que sur les biberons de préparation. Me faire dire qu’il serait temps que je pense au sevrage parce que j’allaitais encore mon bébé de 3 mois, ne pas me sentir à l’aise d’allaiter ou me faire regarder drôlement dans les restos où on réchauffait pourtant mes biberons de préparation autrefois, me faire faire des gros yeux lorsque j’allaitais en public (et pourtant je mets un grand foulard pour me cacher) au parc où je donnais un biberon il y a quelques années à peine. Bref, le biberon est selon moi, mieux vu en société et j’ai eu plus de facilité à faire réchauffer un biberon n’importe où qu’à me sortir un sein pour allaiter. Ce n’est pas un jugement, mais bien mon expérience. Les mamans qui donnent le biberon, je vous assure, même si parfois vous avez l’impression d’être jugées, la société en général est plus à l’aise avec votre choix de ce que j’ai vécu.

Même si je sais désormais ce qu’est un allaitement qui va bien, ça change aucunement mon idée qu’était de donner de la préparation et des biberons à ma fille. Je crois que les deux méthodes étaient adaptées pour mes bébés et mon état du moment. Je n’ai pas de regrets. Les préparations m’ont permises de partager la tâche avec mon conjoint quand mon esprit en avait besoin. Et non, ce n’est pas le récit d’une femme qui n’a que réussit qu’un allaitement comme les pros allaitement aimeront le dire. C’est le récit d’une femme, qui a, non pas manqué son allaitement et réussit l’autre, mais bien réussit à construire une relation solide et heureuse avec ses deux enfants de deux façons différentes. Une femme qui a jugé que le meilleur passait par le bien-être d’elle-même et de ses bébés. Une femme qui a mis l’amour comme priorité. De bien nourrir le coeur avant l’estomac.

Alors, chères futures mamans ou mamans, il n’y a pas de plan parfait ou de solutions infaillibles. On s’adapte et c’est ce qu’on fait de mieux en tant que maman. Et si vous êtes heureuses dans vos choix et que bébé se porte bien, personne n’aura le pouvoir de vous dire que vous ne faites pas la bonne chose pour votre petit.

Alors, un toast à toutes les mamans, qu’il soit fait avec un biberon ou une boisson sans alcool! 😉

Photographie Sarah Tailleur pour Perlimpinpin

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