Sarah Tailleur Photographe »

Personnel : J’ai eu peur de ne jamais l’aimer…

 

La naissance d’un enfant est habituellement un évènement heureux au sein d’une famille. On l’attend avec impatience, on le gâte avant même sa naissance et on aime l’imaginer sans trop savoir à quoi il va réellement ressembler. C’est comme ça que j’envisageais le tout, avant ma première grossesse.

Presque deux ans plus tard, je peux enfin dire que j’ai fait la paix avec la maternité. Je crois même être une bonne maman. Je me sens mère indigne de le dire. Je le sais, il y a des milliers de mamans qui veulent des enfants et qui n’y arrivent pas. J’ai de la chance de l’avoir et aujourd’hui, je le réalise entièrement. Cependant, je crois que cet article pourra aider quelques mamans à se déculpabiliser de ce lien d’attachement qui n’est pas nécessairement automatique pour toutes les femmes. Ce coup de foudre qu’on attend, mais qui n’arrive pas toujours comme prévu. Ce sentiment de honte qu’on ressent, mais que l’on ne s’explique pas. Cette relation amour-haine qui parfois peut arriver en même temps que l’enfant. Parce que même si nous sommes parfois moins nombreuses, il arrive que la maternité nous rentre dedans comme un 10 roues.

En toute franchise, je n’ai pas aimé être enceinte. Je sais, pour plusieurs, c’est l’extase. J’adorais sentir ses mouvements dans mon ventre et on va se le dire, c’est bien l’fun l’attention que l’on reçoit par toutes les personnes qui prennent soin de nous. Sans rentrer dans les détails, j’ai testé à peu près tous les symptômes sur le marché. Plusieurs mamans en vivent, peut-être même pires que les miens. Je sais. Mais vous voyez, je ne suis pas du genre à penser qu’on ne peut pas se plaindre d’une cheville foulée parce qu’on n’a jamais eu une jambe cassée.

Avez-vous remarqué comment ce genre de commentaire est commun dans la maternité? Les « Ne te plains pas, il y en a qui ne sont pas capable d’en avoir! », « Ne te plaint pas de la douleur après accouchement, tu as la chance de donner la vie! », « Ne te plains pas parce que ton bébé est irritable, il y en a qui ont des jumeaux! »… Des phrases qui ne veulent rien dire et qui ne servent qu’à culpabiliser. Pourtant, dans n’importe quel autre contexte, on peut chialer sur à peu près n’importe quoi. « Le café n’est pas buvable ce matin! »… « Arrête de chialer, il y en a qui n’ont même pas accès à l’eau potable! » Vous voyez, ça n’arrive pas dans d’autres contextes! Et on s’entend, il y en aura toujours des pires. Mais ça, c’est un autre débat.

Bref, tout ça pour dire que le jour où j’ai accouché, j’avais déjà un brin de haine accumulée envers ma grossesse. L’accouchement qui se devait une délivrance a plutôt été physiquement et mentalement éprouvant. Au point de me laisser quelques séquelles. Alors, cette haine s’est transformée en « giga » haine. Puis, l’allaitement. Personne ne m’avait prévenue que ça pouvait être aussi difficile… Qu’un bébé, ça ne prenait pas nécessairement le sein automatiquement, comme dans les films. Avec la fatigue accumulée et les hormones en montagnes russes, j’en venais qu’à un consensus : je ne savais pas la porter dans mon ventre, je ne savais pas l’accoucher et je ne savais pas la nourrir. Quel échec monumental c’était pour moi que d’être une mère! Elle, elle le sentait, calme dans les bras de son papa (pour ne pas dire en relation fusionnelle avec son père) et la crise existentielle lorsque dans mes bras. On se détestait presque. Et pourtant, j’étais la première à prendre les bébés des autres pour les calmer en studio. Encore mieux, j’étais plus que « pas pire » pour ça! Mais ma fille, elle, elle ne m’aimait pas et j’ose malheureusement croire que j’avais moi aussi bien du mal à l’aimer à sa juste valeur.

Les semaines passaient et notre relation tendue se construisait autour de toutes ces expériences négatives que j’avais à l’intérieur. Je ne tombais pas amoureuse comme tout le monde me le prédisait et ça me faisait terriblement peur. Et si je ne l’aimais jamais? Je ne voulais pas être seule avec elle, j’ai même pris plusieurs mois avant de sortir en sa compagnie. Ça m’angoissait, ses pleurs m’agaçaient, je n’étais pas encore une « bonne » mère. Je la trouvais belle, ça oui. Magnifique même. J’étais fière de mon coup, mais je ne voulais pas ressentir de la fierté, mais bien uniquement de l’amour envers elle. C’est en discutant avec une amie, que celle-ci m’a fait comprendre que je devais « faire la paix » avec mon bébé. La honte! Ça se sentait si facilement notre relation tumultueuse? Qu’est-ce que je devais faire une mauvaise mère! J’ai tout de même essayé de suivre ses conseils. Je passais du temps seule avec elle, nous discutions, je prenais du temps de qualité pour elle et j’essayais de rebâtir notre rencontre. Car c’était ça notre problème, nous nous étions rencontrées dans de mauvaises circonstances et le fossé entre nous deux n’avait fait que grandir. Nous nous étions mal préparées à tout ça et ce n’était pas de sa faute à elle tout ça…

Presque 2 ans plus tard, notre relation a grandement évolué. Ça n’a pas été le coup de foudre, mais nous avons construit une relation de confiance et d’amour. Tranquillement, parfois à très petits pas, mais l’amour y est. Je ne pourrais vivre sans cette petite bestiole et tout le bonheur qu’elle m’apporte est inestimable. J’aime nos éclats de rire, nos secrets dans le creux de l’oreille, nos soirées de filles, nos barres de chocolat dans le dos de papa, nos bisous et nos « Je t’aime ». Je me surprends à m’ennuyer quand elle n’est pas avec moi et je pense à elle tellement souvent. Je l’aime profondément et je suis heureuse d’être enfin tombée amoureuse. Pour toutes les mamans qui un jour ne se trouvent pas « assez maman » ou qui ne ressentent pas un coup de foudre fulgurant, votre tour viendra, je vous l’assure.

J’ai peut-être gâché son arrivée, mais je ne gâcherai plus un seul moment. Je t’aime ma Olivia.

 

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