Sarah Tailleur Photographe »

La pandémie de la photographe

Ça fait tellement longtemps que j’ai écrit sur ce blogue. J’ai eu le temps de devenir maman pour la 3e fois et de vivre 2 vagues de pandémie mondiale. Juste ça! Voilà que je recommence le travail après plus de 7 mois d’absence. Ma plus grande pause depuis mes débuts. Bébé a 3 mois et je dois absolument recommencer. Je DOIS, oui «devoir», car cette fois, je n’ai effectivement plus le choix. Ce sont les joies d’être photographe indépendante pendant une pandémie j’imagine.

Au début, je ne voulais pas trop en parler… Quelle image ça donnera à mon entreprise? Et puis, je me suis ensuite dit que je parlerais sans doute au nom de plusieurs photographes. Je suis chanceuse dans ma malchance, ma réputation est faite et j’ai de fidèles clients depuis plus de 10 ans. Je m’en sors probablement mieux que la moyenne même si c’est difficile. Une chance, j’ai varié mes sources de revenus il y a deux ans. On m’avait dit de ne pas mettre mes oeufs dans le même panier. Quel conseil! Je sais aussi que vous êtes plusieurs à être désormais sans emploi ou à vivre d’un salaire sur deux. Je ne vous écris pas pour me plaindre, mais plutôt pour parler de cette nouvelle réalité qui me touche. Qui touche tellement d’entrepreneurs!

Il y a 1 an à peine, si je regarde dans un temps qui me semble si lointain, j’avais une entreprise vivante, stimulante et payante. Oui, payante. J’ose le dire. Avec 3 enfants et une hypothèque, c’est quand même utile d’avoir des revenus. Puis, la pandémie. J’ai vu tout ça s’écrouler comme un jeu de cartes. Tous mes efforts partir en cendre. Je suis passée, du jour au lendemain, avec moins du tiers de mes revenus et un chum en télétravail. À vivre avec mes fonds d’urgence. Merci Laurie de m’avoir conseillé pour mettre des sous de côté.

En mars dernier, au deuxième trimestre d’une grossesse peu planifiée, j’ai du arrêté mes services comme plusieurs personnes au Québec. Le confinement m’obligeait littéralement à ne pas travailler. 2 mois à attendre un «oui» du gouvernement. Puis, finalement prendre la décision de ne pas recommencer à 35 semaines de grossesse. Les photographes ont été d’ailleurs dans les derniers à pouvoir reprendre leurs activités. Nous ne sommes pas essentiels, que voulez-vous! Moi qui devais initialement terminer à la fin juin, je me suis retrouvée avec 3 mois de salaire en moins. Sté le 3 mois où je devais renflouer les coffres avant de partir en congé de maternité à mes frais, c’était celui-là puisque janvier et février sont des mois peu lucratifs. 2020 ne faisait pas exception. Je me disais que j’allais recommencer plus tôt à l’automne dans de meilleures conditions. 7 mois ont passé, 7 mois à vivre avec beaucoup moins de revenu. On a cuisiné maison, on est passé aux couches lavables, j’allaite et j’ai continué mes mandats de gestionnaire médias sociaux. Ça a permis quelques économies et quelques revenus. J’étais prête à attaquer mon retour.

Voilà octobre, je prépare mon retour avec un bébé de 3 mois à la maison. Papa aussi est toujours à la maison. Une chance! Voilà aussi la deuxième vague. Celle que je ne planifiais pas. Déjà des annulations. Un symptôme de COVID-19 et une classe en isolement, les premières raisons évoquées. À ce moment, je réalise que l’automne ne sera pas reposant. Et quand ce sera moi qui aura des symptômes? Parce qu’on s’entend, je suis malade tous les automnes depuis genre ma naissance? Je contacte les gens de ma liste d’attente, ils n’ont plus les moyens actuellement de réaliser une séance photo ou préfèrent éviter les contacts. No fun at all. En manque de finance, on coupe sur les photographies! Anyway, qui veut se souvenir de 2020 tant que ça? Si c’était pas d’Anna, moi aussi je ferais un gros X dessus.

En même temps, je vous comprends… Moi aussi les conditions ne me plaisent pas. Porter un masque qui met de la buée dans mon viseur, c’est pas tellement pratique. Ne pas pouvoir vous toucher pour replacer vos cheveux ou placer le chandail de bébé, c’est pas diable. Ne pas voir ma famille, mais voir mes clients. Quel non-sens! Mais je m’accroche, je me dis que c’est une job que j’aime. En me disant qu’un jour, ça se terminera. Espérant pouvoir continuer de vivre de la photographie encore longtemps.

Bref, ce que je veux vous dire par là, c’est que si vous avez toujours des revenus, encouragez les entreprises locales et les entrepreneurs de votre entourage. Ils en ont besoin, plus que jamais, pour ne pas fermer boutique!