Sarah Tailleur Photographe »

Séance photo : « Mon photographe m’a lâché »

Depuis que je suis photographe professionnelle, j’entends toutes sortes d’histoires. J’ai épluché les préjugés négatifs, comme positifs. J’ai dû parfois débattre sur des croyances populaires sur ce métier qui semble tellement connu de tous, mais à la fois méconnu. Lors de mes articles, je prends souvent position pour les photographes. Certains sont d’accord, d’autres non, et ça fait partie de l’opinion. Cependant, j’aime aussi beaucoup prendre la place des clients. Tsé, ceux qui paient pour nos services et qui ne savent parfois pas comment nous choisir. Cette clientèle avec qui j’essaie de rester en contact le plus possible m’a partagé à quelques reprises une situation qui m’étonne chaque fois, et j’ai signé l’article « Mon photographe m’a lâché »!

J’aimerais vous dire que c’est peu courant, pour protéger l’image de ma profession, mais malheureusement, ça arrive vraiment souvent qu’on me la sorte celle-là! Le milieu étant ce qu’il est, et attirant un lot d’intéressés, on n’y retrouve pas uniquement des personnes fiables et professionnelles. Bon, je donne toujours le bénéfice du doute. Peut-être que pour certains clients, c’est une manière d’excuser sa tentative à la dernière minute pour obtenir un rendez-vous. Mais pour la majorité, leur histoire semble bien réelle et souvent tellement décevante. Pour bâtir cet article, j’ai demandé aux gens des médias sociaux de me faire part de leur expérience, mais j’en ai aussi tiré de clients que j’ai « récupéré » de photographes peu fiables. Évidemment, je ne nommerai aucun photographe, ce n’est pas mon but, et même si vous me le demandez fort fort fort, je ne le dirais pas non plus. Je vous donnerai plutôt des trucs pour bien choisir le vôtre. Vaut mieux prévenir que guérir!

Joannie
Une maman de 2 enfants désormais âgés 4 et 6 ans. Ses enfants étant nés à quelques jours près (pas de la même année évidemment), elle voulait engager un photographe pour immortaliser leur anniversaire commun à la maison. Étant maman à la maison, elle a axé sa recherche sur les bas prix. Elle a épluché le Web et c’est finalement l’ami d’une amie qu’elle a contacté. Étudiant en multimédia, ce photographe amateur lui offrait de réaliser l’anniversaire de ses enfants pour 160 $ et de lui remettre le CD de toutes les photos le jour même de la séance. Payé comptant, pas de contrat. Flairant la bonne affaire et voyant l’économie substantielle, elle accepta. Or, 7 jours avant l’anniversaire, elle lui réécrit pour confirmer le tout. Pas de réponse. Elle tente de lui téléphoner. Pas de réponse. Elle lui écrit sur Facebook. Les messages sont lus, mais sans aucune réponse. Un peu paniquée et devant déjà gérer le stress de l’anniversaire, elle me contacte pour voir si je peux la dépanner. On est désormais 2 jours avant l’évènement et elle n’a toujours pas de nouvelles de son photographe. Malheureusement, c’est de mon côté impossible puisque je suis déjà en séance le jour désiré. De plus, mes tarifs ne sont absolument pas similaires au budget prévu. Elle ne trouve finalement personne et n’a jamais eu de nouvelles du « photographe ». Ce sont des photographies prises avec des téléphones intelligents qui immortalisent l’anniversaire. Elle n’a aucun souvenir avec elle, puisqu’elle prenait les photos.

Couple dans la trentaine qui prévoit se marier l’année suivante. Ils font le tour des photographes et trouvent que 2000 $ pour un photographe, c’est trop dispendieux. C’est finalement une étudiante en photographie qui attire leur intérêt. Elle leur offre de couvrir l’évènement et même de réaliser une séance pré-mariage pour 1200 $. Son portfolio semble bien, ils se rencontrent pour en discuter. Le jour de la rencontre, la « photographe » leur demande de payer un acompte de 400 $ sur le forfait. Ils font un chèque à celle-ci, mais ne signent aucun contrat. Engageant un photographe pour la première fois, ils n’en font pas de cas. Puis, quelques semaines plus tard, elle leur dit qu’elle a un problème avec son compte qui est gelé à cause de son déménagement et qu’elle ne peut encaisser le chèque. Elle demande alors si c’est possible d’annuler le chèque et de la payer directement en argent pour préserver la date. Croyant avoir affaire à quelqu’un d’honnête, Guillaume donne rendez-vous à la photographe et lui donne 400 $ en argent. Plusieurs mois sans se parler, ils la recontactent pour leur parler des préparatifs et pour fixer la date pré-mariage de la séance qui était incluse. Elle réalise la séance comme convenu, et leur dit que les photos seront livrées uniquement après le mariage. Ils sont déçus, mais se disent que c’est comme ça que ça doit fonctionner. Deux jours avant le mariage, la photographe leur laisse un message sur le répondeur. Elle ne pourra pas y être, car elle a reçu une offre qu’elle ne peut refuser. Facebook confirmera plus tard qu’elle est allée se faire dorer la couenne dans le Sud. Les mariés paniqués trouvent quelqu’un à la dernière minute, soit la veille de leur mariage, et environ 500 $ de plus que la photographe initiale. Étant pris à la gorge, ils engagent cette personne, qui est d’ailleurs encore leur photographe (3 enfants plus tard). À ce jour, ils ont reçu un CD de quelques photos (qui ne ressemblent en rien à son beau portfolio) de leur séance pré-mariage et la photographe a arrêté d’effectuer les retours d’appels puisqu’elle affirmait que le 400 $ ne couvrait que les frais de la séance pré-mariage. Elle est désormais, quelque part dans l’Ouest!

Nathalie
Attendant son premier enfant, Nathalie a décidé de réserver un rendez-vous avec un photographe amateur qui s’annonçait dans les petites annonces sur Facebook. Il offrait toutes les photos sur CD pour 100 $, alors elle s’est dit que ce serait une bonne opportunité. L’histoire est simple, il ne s’est jamais pointé au rendez-vous. À 38 semaines, elle a accouché une semaine plus tard et n’a finalement pas réalisé de photographies de maternité.

1— Signez un contrat et laissez des traces
Ça semble parfois une formalité plate, mais prendre le temps de signer un contrat, ça met tellement de choses au clair. La réservation, ce qu’elle comprend, la politique d’annulation, le tarif, qu’est-ce qui vous sera offert à la suite de la séance, et dans quel délai, etc. Dans tous ces cas, un simple contrat aurait aidé les clients à se défendre. Personnellement, l’ensemble de mes politiques est disponible sur mon site Web et je fais signer un contrat avant TOUTES mes séances. Malheureusement pour eux, une confiance aveugle s’est avérée à double tranchant et ils se sont fait prendre. Ils n’ont eu que des échanges téléphoniques ou verbaux. Aucune preuve écrite. C’est donc difficile de faire valoir ses droits lorsqu’aucun document n’explique ceux-ci. Si la situation s’envenime, n’hésitez pas à n’effectuer que des échanges par courriel afin d’avoir des preuves écrites. Ce genre de « photographe » aura tendance à vous référer souvent au téléphone pour laisser le moins de traces que possible. Vous pouvez donc ensuite vous référez au contrat lorsqu’une situation conflictuelle survient.

2— Une facture s.v.p.!
Un photographe professionnel se doit, comme tout autre métier, de payer des impôts et des taxes selon son revenu. Oui, ça peut être très alléchant d’épargner les taxes et oui, sur un contrat de centaines de dollars, ça fait un gros montant dans vos poches! Cependant, lorsque vous payez en argent et ne demandez pas de facture, votre situation est difficile à faire valoir auprès d’un juge. À vrai dire, il vous regardera probablement en souriant. À quelque part, vous méritez un peu ce qui vous arrive et ça fait partie des conséquences d’encourager le travail au noir. De plus, je vous suggère de toujours payer par une méthode qui laisse plus de traces plutôt que l’argent. Que ce soit un chèque, une carte de crédit ou encore un virement bancaire. Le paiement est donc prouvable. Dès que vous donnez un montant, que ce soit pour payer une séance ou un acompte, une facture devrait automatiquement vous être remise. Cette facture fera preuve de votre paiement et vous permettra probablement de le récupérer en cas de problème majeur.

3— Choisir le professionnalisme
Vouloir économiser de l’argent, ça fait souvent faire des choix irréfléchis. Lorsqu’on base nos achats de produits et services sur ce facteur, on peut parfois se faire avoir. Moi la première, j’ai eu des problèmes dans le passé avec un vendeur de piscines parce que son bas prix était si alléchant. Un avocat, un huissier, puis deux huissiers, une mise en demeure plus tard et perte de revenu… Je peux vous dire que maintenant, la qualité prime, et que je ne me laisse plus prendre devant un bas prix. Je collabore uniquement avec des entreprises professionnelles et fiables. Quitte à payer parfois un peu plus pour la sécurité. En photographie, vous trouverez toujours quelqu’un qui vous fera la « job » moins cher. Ça fait partie de ce domaine que tout le monde s’approprie. Moins cher ne signifie toutefois pas de meilleure qualité, ou plus fiable. Lorsqu’on choisit un photographe, prenez le temps de le connaître et de prouver son professionnalisme. Visitez son site Web, ses parutions sur les médias sociaux, les références de vos amis, etc. Posez-lui des questions et osez faire preuve de jugement. Vous aurez ainsi moins de chance de tomber sur un charlatan qui ne livrera jamais vos photos ou vous annulera la veille de votre séance. Évidemment, quelqu’un qui est actif depuis 4 ans comparativement à celui qui pratique depuis peu a une réputation normalement plus établie. Attention! Je ne dis pas que les jeunes photographes sont tous des fraudeurs, loin de là. Mais même parmi les jeunes photographes, il y en aura des très fiables qui prendront déjà soin de leur service et d’autres qui ne feront que quelques mois dans le domaine. Comme dans tous les domaines, quelqu’un qui a de l’expérience et qui travaille dans le domaine depuis plusieurs années a souvent fait ses preuves. Ce qui constitue un choix plus sécuritaire. Oui, c’est parfois plus cher, mais vous payez aussi pour de la fiabilité et du professionnalisme. Ce qui, selon moi, n’est pas négligeable. Il ne faut pas oublier que l’instinct ment rarement. Si vous avez des doutes que le photographe que vous engagez est fiable, qu’il tarde à répondre, se trouve souvent des excuses, vous promet la lune sans jamais ne rien vous donner, ne semble avoir aucune référence ou présence sur le Web… Suivez votre instinct et laissez tomber.

Ceci étant dit, cet article n’a pas comme mandat de vous dire qui engager, mais plutôt de vous aider à faire de bons choix lorsqu’il est question de collaborer avec un photographe qu’il soit amateur ou professionnel. Évidemment, aucun photographe n’est à l’abri d’imprévus majeurs (accident, décès, maladie). Moi la première, j’ai déjà eu à remettre des séances à quelques jours d’avis. Toutefois en 5 ans, ce nombre se compte encore sur les doigts de mes mains. Il est toutefois légitime de la part du client de se demander ce qui advient en cas d’annulation de notre part. Pensez-y, se faire poser un lapin ou se retrouver sans photographe du jour au lendemain pour un évènement important, c’est décevant!

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