Sarah Tailleur Photographe »

Photographe: Le salaire d’un photographe

Le métier de photographe est probablement l’un de ceux qui amènent le plus de préjugés. Deux mondes se confrontent, ceux qui pensent que les photographes ont un salaire de crève-faim et ceux qui pensent qu’être photographe est facile et bien payé. Et si je vous disais que les deux peuvent avoir raison? Qu’être photographe peut être lucratif, mais que le travail ne rime pas nécessairement avec fortune?

«Les photographes sont pauvres»… Des artistes qui vivent avec des subventions, qui font des expositions, mais qui ne vendent jamais rien, qui vivent dans un demi sous-sol pas chauffé. Je mentirais en vous disant qu’il n’y en pas, ça fait partie d’une réalité lorsqu’on se lance dans un domaine artistique. Mais il y en a aussi qui gagne aussi bien leur vie qu’un avocat. Il faut savoir jouer ses cartes au bon moment et toujours raffiné son style. Il y a aussi probablement un plus grand nombre de personnes qui se disent photographe que ceux qui en font vraiment un métier. Donc, les statistiques sont souvent assez difficiles à établir comme on ne sait plus discerner un photographe de métier d’un autre qui en fait un passe-temps.

Avant même de parler de profit et de bénéfice, il faut commencer par prendre en compte que c’est un métier qui nécessite un investissement important et constant. De croire qu’avoir un appareil photo reflex permet de devenir photographe professionnel, c’est faux. Pour avoir un minimum de crédibilité et de possibilités, il vous faudra tôt ou tard investir dans un logo/visuel, dans un site Web, dans une formation adéquate, des flashs, des objectifs, des appareils, un ordinateur très performant, des logiciels, des disques durs, des cartes mémoires, un portfolio, de la publicité, une assurance commerciale… Seulement acheter un appareil photo est donc très très peu réaliste du métier tel qu’il est connu aujourd’hui. Ce n’est pas non plus en achetant tous cet équipement que vous serez bon photographe. L’appareil c’est utile, mais dans quel ordinateur téléchargerez-vous vos photos? Avec quels logiciels traiterez-vous vos photos? Avec quelle formation retoucherez-vous vos photos? Être photographe professionnel, ça commence avec un endettement comme pour plusieurs métiers de travailleur autonome. C’est la vraie vie. Pour faire de l’argent, il faut investir. Alors, avant de se lancer en se disant que c’est facile, il faut être conscient qu’avant de faire du profit, il faudra rembourser de l’équipement. Un photographe peut avoir autour de 30 000$ d’équipement et parfois même beaucoup plus!

De l’autre point de vue, il y a ceux qui pensent qu’un photographe a un travail où l’argent rentre facilement. Un appareil sur le mode automatique et «clic», on charge 300$. Bien que ça semble intéressant, le prix au «clic» est loin de représenter la réalité. Ce montant couvre aussi le temps de retouche, l’usure de l’équipement, les assurances à payer, le temps de séance, le loyer, le talent et la formation de votre photographe… et les impôts! Sur un contrat de 300$, on doit mettre environ 100$ de côté uniquement pour les impôts afin d’être certain de ne pas avoir de surprise le temps venu.

Finalement, si on parle de chiffre, car c’est ça que vous voulez savoir depuis le début. Certains photographes amateurs ayant un emploi principal retirons environ de 1000$ à 10 000$ par année comme revenu complémentaire à un autre travail. Montant très relatif à leur talent et au temps qu’ils ont à investir. Par contre, si ils ont achetés la même année un appareil à 1000$, un objectif à 800$ et un ordinateur à 3000$, les profits s’envolent assez vite parfois même jusqu’à zéro. Il s’agit donc souvent d’une passion peu lucrative que d’un réel métier pour cette gamme de photographes. On ne peut pas réellement compter sur ce revenu. Pas qu’il soit péjoratif d’être photographe amateur ou à temps partiel, c’est seulement une question de  pouvoir faire de la photo plutôt que d’en faire un revenu. De côté des photographes professionnels qui font ce métier à temps plein, on peut trouver autant des photographes qui font 12 000$ par année que d’autres qui font 100 000$ et plus. Dépendant de sa popularité, de son style, de ses clients, de ses contacts… À ça, on ajoute les déductions de tous nos achats. Par exemple, si je fais 60 000$ de chiffre d’affaire cette année, mais que j’ai 20 000$ d’équipement, de stylos, de papier de toilette, de fonds, de toiles, d’impression, de loyer, d’électricité et bien mon salaire final aux yeux de l’impôt sera de 40 000$ et non de 60 000$. Ce qui veut dire que la journée où je veux un prêt hypothécaire ou un congé de maternité, le salaire qu’on prendra en considération sera celui après déductions. Et ça, c’est si on accepte de vous prêter de l’argent, mais ça… C’est un autre débat! Il y a aussi les photographes qui travaillent pour des chaînes de studio qui sont salariés plutôt que travailleurs autonomes. On parle alors de salaire horaire assez près du salaire minimum, mais souvent une commission sera à ajouter à ce salaire selon les ventes qu’il effectuera. À 35 heures par semaine, on parle de quelqu’un qui fera environ 25 000$ par année. Souvent très peu pour le travail effectué.

Je crois que de penser faire ce métier uniquement pour faire de l’argent n’est pas un bon motif pour se lancer en photographie. Ce n’est pas donné à tous et il faut y investir autant en argent qu’en temps. Non, ce n’est pas un métier facile. Non, ce n’est pas vrai que n’importe qui avec un appareil peut devenir un bon photographe. Non, ce n’est pas vrai que vous gagnerez des millions sans faire d’effort. Habituellement, seuls les passionnés en sortiront gagnants et avec un salaire qui leur convient.

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