Sarah Tailleur Photographe »

Travailleur autonome: Travailler à la maison ou pas?

Je le vois dans le visage des gens qui arrivent devant ma maison «est-ce bien ici?», «c’est une maison non, pas un studio?». L’interrogation est souvent palpable à l’arrivée de nouveaux clients, parfois sur la crédibilité de mon entreprise, parfois sur si ils sont à la bonne adresse. Toutefois, cette impression est tout à fait disparue de leur esprit lorsqu’ils quittent le studio. Le résultat est à la hauteur de leurs attentes et c’est ce qui est vraiment important. L’image qu’on les gens d’un studio de photographie est souvent celui d’un espace vide, blanc, grand, design, style loft et avec des plafonds très hauts. C’est une belle utopie que de croire que la majorité des photographes vivent de cette façon. Surtout qu’à Québec, des lieux de ce genre à moins de 2500$ par mois, ça n’existe quasiment pas. Seulement une question monétaire ce choix de studio?

À vrai dire, je serais capable de payer un local commercial si je le désirais. Je devrais couper dans mes petits luxes, mais je pourrais. À 19 ans, lorsque j’ai commencé c’était dans mon propre appartement. Je l’avoue, je sais même pas si légalement j’avais le droit à ce moment de recevoir des clients chez moi. Pour moi, c’était pour s’amuser, pour le plaisir de pratiquer la photographie. Par contre, quand j’ai réalisé que ça pouvait peut-être être plus que pour s’amuser, on a décidé d’aménager dans notre première maison à 21 ans. Celle-ci permettait de continuer de faire accroitre ma passion et avait un prix mensuel raisonnable. De sorte à ce que si j’arrêtais d’avoir des contrats, on pourrait continuer de la payer à un salaire. C’est finalement cette année, à 23 ans, qu’on a acheté une maison à notre goût. Une maison dans laquelle j’ai aménagé mon studio comme je le voulais réellement et dans laquelle nous pourrons fonder notre famille. Pourquoi ne pas avoir loué un local à ce moment?

1- Le confort et l’intimité
Pas juste pour moi, mais aussi pour vous. Pour moi, c’est très plaisant de manger des plats chauds le midi, de finir ma journée en fermant les lumières et n’avoir qu’à remonter à l’étage, de travailler en pantoufles si je le désire, de ne pas avoir à me taper le trafic jour après jour, de descendre d’un étage lorsque je veux avoir accès à quelque chose. Ça fait parti de mes choix de vie pour créer mon emploi idéal. Dans mon entreprise idéale, les gens sont heureux, sont confortables, sont biens. C’est primordial pour moi. Que vous vouliez allaiter dans un coin ou bien vous promener en bedaine parce que bébé a fait un numéro 2 sur votre chandail, c’est pas grave ici. Il ne risque pas d’avoir d’autres clients qui vous surprennent, vous êtes avec moi, personne d’autre. Dans une maison chaleureuse. C’est convivial pour moi, mais aussi pour vous.

2- Le tarif mensuel et mes droits
Si j’avais décidé de louer un local commercial, je le paierais probablement plus cher que mon hypothèque et celui-ci ne m’appartiendrait jamais. Les rénovations que j’effectuerais seraient perdues à la fin de ma location. En choisissant ma maison, je ne paie pas dans le vide et je peux faire toutes les modifications que je désire. De plus, le fait d’avoir mon studio à la maison me permettait de choisir une maison un peu plus grande. Si j’avais à payer un local commercial, j’aurais probablement choisit de rester en appartement ou bien d’avoir une maison beaucoup moins dispendieuse. Je n’ai pas non plus à suivre les règles d’un immeuble et à payer des frais communs. Les seules normes sont celles de la ville!

3- Disponibilité
Chez moi, je suis toujours disponible. Parfois, c’est aussi un défaut, mais si quelqu’un veut venir chercher un certificat-cadeau, il peut prendre rendez-vous et passer chez moi. Donc, je n’ai pas à me déplacer dans un autre local. Si j’ai un portrait affaire de dernière minute, je prépare le studio et je descend en bas le réaliser. Je n’ai pas de temps de transport à calculer. Si j’ai oublié quelque chose dans mon studio, je descend et puis je le récupère. De plus, si je dois partir en vacances ou si j’ai un congé de maternité, mon studio redevient simplement mon sous-sol. Imaginez, je tombe en congé de maternité, un revenu réduit d’environ 60% comme je suis travailleuse autonome et un loyer de 2500$ en plus de mon hypothèque… Je sais pas si ça vous tente, mais pas moi! Je n’ai pas non plus à engager quelqu’un pour être à la réception du studio en permanence dans un local.

C’est donc pour ça que je priorise ma maison. Je m’y sens bien, les clients aussi. J’y travaille bien et j’aime y travailler. Elle a ses petits défauts aussi, ça fait partie de mon choix. Dès que quelqu’un se stationne devant chez moi, j’ai peur que ce soit un client qui se pointe sans rendez-vous. Mon conjoint ne peut pas faire tout ce qu’il veut lorsque j’ai des clients en bas. Il ne peut pas recevoir de gens quand il y a des clients en bas. On doit minimiser les déplacements et va-et-vient quand je suis avec des clients. Il arrive que des gens viennent sans prévenir lorsque je suis en pyjama. Le plafond y est plus bas que dans un local commercial. Somme toute, le positif l’emporte sur le négatif!photographe, studio, maison, séance photopinterest