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Photographe: Les congés de maladie

Quand j’étais employée, je ne m’étais jamais vraiment inquiétée par rapport au fait d’être malade et de devoir m’absenter du boulot. Prendre un congé maladie, c’est un terme commun dans la vie des Québécois. On a tous vu nos parents s’absenter, à un moment ou un autre, prenant un «congé maladie». Parfois en étant très malade et d’autres fois… Un peu moins. Parce qu’on y a droit, on le prend ! Maintenant que je suis à mon compte, ma philosophie est tellement différente. Les congés de maladie sont ma hantise. En plus d’être entièrement à mes frais, ils peuvent jouer sur mon image et ma réputation. Prendre congé quand on est à son compte, on va se le dire, c’est compliqué !
Depuis un peu plus d’une semaine, ma vie est particulière difficile à suivre. Je qualifierais même ma semaine de «semaine de marde», version allongée. Mais comme je suis polie et courtoise, j’irai avec «difficile». Le tout a débuté avec une Olivia malade, de la forte fièvre qui ne lâche pas. Du casse-tête d’où elle ira. De qui restera avec elle ? On ne l’envoie certainement pas à la garderie comme ça ! Quand tu es travailleuse autonome à la maison, tu deviens le parent par défaut. Ça veut souvent dire que quand tu n’as pas de client, tu auras la bestiole microbienne avec toi. Je mets la retouche de côté, je ne vais plus en studio et je m’occupe de ma fille en la tenant loin de mon espace de travail. C’est peu dire, elle n’a plus le droit de toucher à la poignée de porte. Je désinfecte et j’ai des parts dans Purel tellement je l’utilise. Je prends mes courriels sur mon ipad et je suis en arrêt. Les contrats s’accumulent sur mon bureau. Puis, d’autres symptômes s’ajoutent. On profite d’une séance reportée à cause de la météo pour aller à la clinique. Virus inconnu, à surveiller et aller à l’urgence si il y a un changement. Puis, une nuit difficile pour les deux enfants. La veille d’un samedi de séances express et d’une séance de famille élargie. Croyez-moi, dans la vie d’une photographe, reporter des séances express dans une plage horaire aussi convoitée que le samedi, avant Noël, ça donne de l’urticaire. Si il y a une plage horaire que tu ne veux pas avoir à remettre, c’est pas mal celle-ci. Je n’ai aucun, mais aucun plaisir à me prendre mon samedi off. Mes enfants sont pitoyables, je n’ai pas dormi de la nuit puisqu’ils ont été en alternance sur mon conjoint et moi. Je n’ai pas la force de travailler. Je peine à me tenir debout et j’ai 2 enfants très moches à 40 de fièvre. En matinée, fiston (de 18 mois) commence à devenir blanc, très blanc. Puis, bleu. Des petits pieds froids et bleus, des mains bleues, puis des lèvres mauves et il fait toujours 40 de fièvre. S’il y a une couleur que tu ne veux pas voir sur le visage de ton enfant, c’est bien celle-là. Direction urgence avec les 2 enfants, Olivia fait sa grande fille et se couche dans nos bras. Nous sommes finalement vus par un médecin, il passe tous les tests possibles. La sonde urinaire, les prises de sang, le mucus… Louis trouve évidemment sa journée horrible. Ses parents aussi. Le stress et l’angoisse de ne pas savoir ce que notre fils combat. Nous envoyons finalement Olivia chez ses grands-parents, incapables de laisser Louis seul ou avec qu’un seul parent. Il reste sous observation pour la nuit. Je dors sur une chaise berçante comme, contrairement à mon chum, j’ai la capacité de dormir n’importe où. Il prend le petit matelas. Louis continu de faire des pics de fièvre, personne ne comprend pourquoi. Il ressort finalement au bout de 24 heures, virus non-identifié. On doit rester alerte, on doit y retourner à la moindre faiblesse. On retourne chercher Olivia le dimanche, elle n’est pas mieux. Elle ne fait que se lamenter. Je dois reporter mes engagements du lundi et du mardi, je suis inquiète et nous devons retourner à l’hôpital pour le suivi pédiatrique. Ma mère vient m’aider pour une rencontre client qui doit se faire ailleurs, mais elle ne veut pas attraper nos microbes non plus. J’évite de faire venir des gens inutilement chez moi avant d’avoir tout désinfecté à nouveau. La mère en moi est inquiète, extrêmement fatiguée et nerveuse.
Ça c’était mon point de vue de mère. Maintenant, ma vie de photographe. Samedi, pour aller à l’urgence, j’ai dû annuler le matin même un total de 5 clients. 5 clients que je dois revoir et dont l’horaire très complet d’avant les Fêtes n’avantagent nullement. J’offre même le remboursement à certain, incapable d’offrir une reprise qui a du sens pour eux. Je ne le fais pas de gaité de cœur, ce sont des clients que je dois accepter de perdre. Pensant peut-être même que je suis une photographe peu fiable. Ce qui est pourtant, tellement pas mon cas. Je suis une photographe très (parfois trop) assidue. J’ai travaillé le lendemain du suicide d’un proche, le lendemain de l’opération de ma maman pour un cancer, j’ai fait un mariage après une indigestion alimentaire, un autre à 37 semaines en ayant des contractions et j’ai réalisé des engagements 2 semaines après une césarienne d’urgence. D’autres vont revenir, mais pas nécessairement à des moments qui étaient leur premier choix. Premier choix parfois réservé il y a des mois. Puis, mercredi, lorsque les enfants vont mieux, je reçois une bourrasque de vent pleine de sable dans l’œil gauche en shootant. Je développe une conjonctivite, mon œil ouvre difficilement et coule en permanence. Pas purulent, juste des larmes sans arrêt. J’ai des contrats le jeudi et le vendredi. Encore une fois, environ une dizaine de séances express. J’avertie mes clients, je leur demande ce qu’ils désirent faire. J’offre remboursement à ceux qui le désirent et les autres prennent le risque en connaissance de cause. Je peux travailler, mais je suis laide et possiblement contagieuse. Une majorité de clients décident de venir quand même, je réalise mes séances avec le Purel entre mes jambes. Je ne touche pas aux enfants, je désinfecte les poignées, ma souris, les interrupteurs. Je suis freak de la propreté. Samedi et dimanche, mon œil empire. Les antibios de la pharmacie ne fonctionnent pas. Je commence à voir embrouillé et j’ai de la fièvre. Direction la clinique, un dimanche, comme je ne veux pas pénaliser mon lundi. Surprise! Le médecin m’envoie aux urgences. Après 5 heures d’attente, un nettoyage de l’oeil et des antibiotiques, je dois combattre maintenant. Je suis en pyjama aujourd’hui. Une journée pendant laquelle j’avais encore 3 séances. Mon lundi est finalement assez pénalisé. Séances que je ne suis pas en mesure de réaliser. J’ai des antibiotiques dans l’œil et je me remets de ma poussée de fièvre. Je ne veux pas rendre personne malade et définitivement, je ne serais pas en mesure d’effectuer mon travail.
Avec ces congés de maladie, j’ai perdu beaucoup à titre de travailleuse autonome. J’ai perdu des clients. Des gens déçus qui m’attribueront possiblement une réputation en jugeant ma performance de cette semaine qui n’est pas représentative du tout. L’équivalent d’une semaine de paie, car non, un travailleur autonome n’est pas payé en congé maladie. J’ai même remboursé des gens, donc je suis probablement dans le négatif côté paie. J’ai perdu un horaire qui a du sens avant noël, car je devrai désormais jongler et probablement travailler des dimanches et des soirs prochainement. J’ai perdu du temps. Accumulant les retards et les dossiers, incapable d’avancer ma retouche pendant que les enfants étaient malades et ayant désormais un œil qui se fatigue vite. Des «je suis désolée» ou «ce n’est pas dans mes habitudes» enlèvent rien au fait que j’ai des clients déçus et je les comprends. Cette semaine, j’ai reporté et remboursé plus de gens que je l’ai fait en 8 ans de carrière. Alors, que vous regardiez ma vision de mère ou ma vision de photographe autonome, sachez que je n’ai aucun plaisir à annuler des séances. Que ces deux sphères de ma vie sont importantes, mais que ma famille et la santé seront toujours prioritaires. Que j’espère seulement que vous ferez preuves de compréhension comme je peux le faire lorsque votre petit dernier a une partie de soccer le jour de la séance, quand je retouche sans frais votre feu sauvage ou quand je vais vous voir à l’hôpital parce que vous ne pouvez pas réaliser votre séance maternité en studio. C’est tout ce que je souhaite.


 

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