Sarah Tailleur Photographe »

Engager un photographe: S’attendre à plus en payant moins

Un peu plus de 10 ans à pratiquer la photographie, environ 7 ans à en vivre, ma carrière de photographe est plus stable qu’autrefois. Je suis désormais un peu plus loin de mes débuts et je crois, bien humblement, avoir fait ma place dans mon créneau qu’est la photographie de maternité et d’enfants. De ce fait, je côtoies beaucoup de photographes qui débutent et qui rêvent de pratiquer ce beau métier. Je remarque toutefois que plusieurs se découragent rapidement du domaine. Une raison revient souvent, des clients trop exigeants pour le prix payé et l’expérience des photographes qu’ils engagent. Afin de les soutenir et de permettre à ces photographes émergeants d’apprendre, je me sers donc de cette tribune pour éduquer un peu leur clientèle. Parfois trop radine pour engager un professionnel, mais trop sophistiquée pour vivre avec les manques d’un débutant avec respect.

La qualité a un prix, ce n’est pas la première fois que je vous le dit. L’expérience aussi et ce n’est pas non plus une surprise. Par contre, je ne suis pas de celles qui vous diront que les photographes amateurs ne chargent pas assez cher. La majorité charge, tout simplement, ce que leurs photographies valent. On débute tous à quelque part. Oui, il y en a des vraiment très abordables, mais il est bien rares de les voir performer au point de vouloir payer plus pour le résultat obtenu. Oui, il y en a des dispendieux, mais leur style est unique et travaillé. Entre les deux aussi, il y a de tout! À force d’amélioration, les photographes augmentent leurs tarifs afin de les rendre de plus en plus profitables, selon la popularité et la qualité de leur service. La qualité s’accroît donc au même rythme que les prix généralement.

Chers clients des photographes à bas prix, là où vous me répugnez, c’est lorsque vous menacez un photographe, visiblement amateur,  de poursuites ou d’atteindre sa réputation alors qu’il vous livre une prestation qui est en fait exactement ce que vous voyez dans son portfolio. C’est-à-dire, les photographies d’une personne qui débute, apprend et qui fait encore des erreurs. Des photographes, il y en a vraiment de toutes les gammes. Des propriétaires d’appareil photo sans connaissance du domaine qui vous feront des photos à prix hors compétition. Il y a aussi des photographes amateurs, intéréssés par le domaine, offrant un tarif sous la moyenne et des photos souvent empruntes de défauts techniques, mais somme toute, un peu meilleures que les vôtres. Ils apprennent.  Des photographes qui sortent d’une formation en photo, semi-professionnels, avec une qualité raisonnable et des prix dans la moyenne. Puis, des photographes de qualité professionnelle, avec peu ou beaucoup d’expérience, qui offriront des photographies meilleures que la moyenne, pour un tarif «élevé» pour le commun des mortels. Il y a même quelques rares perles du domaine, des artistes d’envergures, qui ressortiront du lot et obtiendront des contrats incroyables pour un salaire plus qu’enviable. Et non, je ne me considère pas dans cette catégorie. Le résultat et le prix que vous paierez seront souvent déterminés par la gamme que vous choisirez. Oui, vous avez bien lu, c’est un choix que vous faites. Il est tout à fait possible d’être satisfait d’un photographe amateur ou débutant, il faut simplement avoir des attentes réalistes par rapport à son portfolio et son expérience. Vous ne pouvez lui exiger des photos dignes d’un photographe professionnel en payant un prix dérisoire. Ainsi, le photographe amateur ne sera jamais l’unique responsable de votre insatisfaction si ses photos ne vous plaisent pas. Parce qu’en choisissant de payer peu (ou pas), c’est que vous acceptez de vivre avec un certain risque. Risque que vous endossez en engageant quelqu’un qui débute ou qui n’est pas un photographe. Je sais, 50$ c’est cher pour avoir l’air fou sur des photos, mais 50$ pour une séance photo, ça ne l’est pas du tout. Là est la nuance…

Exemple 1 / Marie et Jacob engagent Joséphine, une photographe amateure, pour leur mariage. Joséphine débute, elle a une page Facebook qui compte 135 abonnés et elle prend des contrats depuis quelques mois à peine. Elle a encore du mal avec sa gestion de lumière et elle ne comprend pas très bien comment utiliser la profondeur de champs, mais de la photo, elle en mange! Ils paient 500$ pour que celle-ci soit présente pendant 10 heures le jour du mariage. Le jour convenu, la photographe se déplacera entièrement à ses frais, paiera son stationnement pour la journée. Elle leur livra finalement environ 670 photos qui lui prendra une bonne semaine à traiter dans un emballage USB qui lui aura coûté une bonne cinquantaine de dollars. Puis, une fois livré, les mariés ne sont pas du tout satisfaits du résultat. Joséphine semble avoir du mal à faire son focus sur certaines prises. La mariée se trouve grosse et le marié n’aime pas les couleurs. Ils contactent leur photographe en furie, ils menacent de lui faire mauvaise presse, 500$ c’est cher pour avoir des photos qu’ils n’aiment pas. Joséphine est anéantie, elle ne peut pas reprendre les photos puisqu’elle ne sait même pas encore comment modifier ses erreurs. Pourtant, en quittant le mariage, elle était heureuse ses photos. Les mariés demandent remboursement. Joséphine est mal à l’aise. Elle a déjà travaillé 40 heures sur le contrat et dépensé environ 100$ pour ce mariage, sans compter les rencontres préparatoires qu’elle ne leur a pas chargé et l’équipement fournit. Pour la photographe, c’est un salaire très bas à la finale qui lui revient, environ 10$ de l’heure, soit moins que le salaire minimum. Elle pense plier pour qu’ils cessent de la harceler. Pourtant, les mariés avaient regardé le portfolio de Joséphine avant leur mariage, ils avaient vu son style et ses photos. Ils voyaient qu’elle n’était pas professionnelle. Par soucis d’économie, ils préfèraient payer 500$ que le quintuple avec l’autre photographe qu’il trouvait pourtant meilleure. Les mariés avaient des attentes trop élevées pour le tarif payé et maintenant, ils s’en veulent et blâme la photographe. Mais est-ce réellement de sa faute? La réponse est non, les mariés ont simplement reçu le meilleur de ce que Joséphine, photographe sans expérience, pouvait leur offrir. Ils ont bénéficié d’un très bas prix en connaissance de cause.

Exemple 2 / Samantha engage Paul pour ses photos de maternité. Paul suit des cours dans un collège de photographie depuis quelques mois. Lui qui adore plutôt le paysage, ne s’y connait pas particulièrement en portrait. En fait, il réalise quelques contrats de la sorte pour réussir à s’offrir un nouvel objectif. Il n’a jamais fait de photographie de maternité auparavant, c’est sa première fois. Samantha, l’amie enceinte d’une amie, le sait, car il lui a dit. Ainsi, il ne demande que 60$ à sa modèle pour les 10 meilleures photos qu’il choisira suite à la séance. Samantha arrive à sa séance photo avec des inspirations Pinterest. Paul lui fait part de ses inquiétudes, il ne croit pas pouvoir lui offrir un tel résultat. Elle le rassure en lui disant que ce sera correct, qu’il fasse comme il pense. Finalement, la séance dure un peu plus de deux heures, Samantha fait une panoplie de photographies. Paul arrive chez lui, traite les photos et les remets à Samantha. Il aura mis environ 4 heures sur le contrat, plus les déplacements à ses frais. Samantha regarde les photos, elles ne ressemblent pas du tout à ce qu’elle avait montré à son photographe. Elle trouve qu’elle a l’air obèse, a deux mentons et en plus, on voit ses bretelles de sous-vêtements dépassés… Samantha va sur la page Facebook de Paul, elle lui donne 1 étoile et écrit qu’il est bien mauvais photographe, qu’il n’écoute pas les demandes de ses clients. Pourtant, Samantha savait dans quoi elle s’embarquait. Elle connaissait l’expérience quasi nulle de son photographe au moment de l’engager et a payé un prix ridicule. N’ayant pas le budget pour s’offrir un photographe spécialisé en maternité, cette entente lui convenait. Ce qui ne l’a pas empêché de faire une mauvaise réputation à ce photographe débutant. 

Ces situations sont courantes pour les photographes qui débutent. De devoir se battre avec des clients trop exigeants alors que ceux-ci ont bénéficié d’un important escompte sur leur service. De votre côté, chers photographes, assurez-vous d’être apte à satisfaire un minimum d’exigences avant de vendre vos services. Le fait de ne pas maîtriser plusieurs aspects de la photographie et de ses bases, est peut-être un bon indicateur pour vous. Peut-être n’êtes-vous pas rendu au point de vous vendre? De vous créer une page Facebook et de vanter vos mérites? Peut-être qu’un client s’attendant à engager un photographe sera déçu de collaborer avec quelqu’un qui ne possède qu’un appareil meilleur que le sien? Si vous pensez avoir les compétences, alors prenez la peine de bien remplir une entente de service avec votre client. Ainsi s’assurer, qu’il sait que vous lui livrez des photos selon votre style et expérience. Bien que vous ne détenez pas l’ensemble des responsabilités, il se peut bien qu’un client sera un jour déçu de vous avoir engagé. En fait, ça peut aussi arriver quand vous serez performant et que votre nom sera fait. Et cette journée là, il vous faudra malheureusement leur expliquer vos compétences et revenir au contrat. On commence tous à quelque part, il faut seulement s’assurer que vos clients le savent aussi. Et alors, il ne restera qu’à créer dans le plaisir!

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